Grèves 1 : Smart, Air France …

Parmi d’autres : du 4 au 8 octobre dernier, les employés de l’usine automobile Smart de Hambach en Moselle ont débrayé et bloqué le ronds-points qui donne accès à l’usine et à plusieurs sous-traitants, revendiquant une hausse de 110 euros pour tous et l’embauche en CDI de 40 CDD ou contrats d’intérim. Abderamahne, 30 ans, “opérateur” (ce qui veut dire “ouvrier”, mais on ne doit plus le dire !), déclare à la presse : La direction répète qu’il faut faire des efforts pour le bien de l’entreprise, mais le bien de l’entreprise ne nous apporte rien.” Reprise du travail sur une incontestable victoire partielle : 75 euros de hausse des salaires, embauche de 25 personnes parmi les précaires, “engagement” de ne pas faire de licenciements économiques d’ici 2009.

Plusieurs de ces caractéristiques se retrouvent dans la récente grève des personnels commerciaux grève d’Air France, stewards et hôtesses, alors qu’il s’agit d’un secteur très différent, mieux payé, mieux “considéré”, moins précarisé. Mais le ras-le-bol était profond et il a imposé une unité totale des personnels pendant 5 jours. 5 jours pendant lesquels “l’entreprise” a beaucoup perdu : c’est fait pour ça, une grève. 5 jours pendant lesquels la direction et les média de manière délibérée ont organisé la désinformation des passagers pour tenter de faire monter leur exaspération.

Après le 18 octobre, ils ont voulu faire un test en prévision de mouvements dans les transports : chercher à dresser les “usagers” contre les grévistes, multiplier les reportages sous l’angle exclusif de la grève-qui-gène, et attaquer sur le terrain juridique. En effet (voir le site Droit de grève : http://droitdegreve.wordpress.com/ ) la direction a assigné en justice trois syndicats, FO, le SNPNC et l’UNSA, leur réclamant 14 millions chacun, 15 pour l’UNSA, rien que ça, pour les “pertes matérielles” occasionnées par la grève. Pourquoi ces trois syndicats là et pas les autres qui appelaient à la même grève et avaient déposé des préavis, dont CGT, CFTC, SUD Aérien ? Parce que ces trois là avaient signé un accord “de veille sociale, préalable à tout déclenchement de grève”.

Belle leçon : voila à quoi ça sert de signer des accords de “dialogue social”. Cet accord, signé en juin dernier, ressemble furieusement à la loi anti-grève dans les transports terrestres de voyageurs que Sarkozy a fait voter par ses députés cet été : avant de déposer le préavis proprement dit (et alors même que, comme à Air France, c’était la direction qui ne voulait pas négocier !), il faut faire un préavis du préavis pour implorer des “négociations” et pendant la durée de tous ces préavis, interdit de faire grève !

Si la “veille sociale” avait été respectée à Air France, il n’y aurait pas eu de grève ou il y aurait eu division, confusion, et la direction n’aurait pas été contrainte d’ouvrir de vraies négociations, pas les pseudo négociations à la Sarkozy-Parisot qu’on a partout, mais des négociations sur la base d’un rapport de force dans lesquelles doit être abordée le motif le plus grave de mécontentement des hôtesses et stewards : le non paiement des heures supplémentaires de fait lorsqu’un contretemps, une panne, etc., les bloque sur un aéroport.

Alors même que Sarkozy nous a bassinés avec son “travailler plus pour gagner plus”, le refus du travail supplémentaire gratuit, pratique patronale massive (et c’est logique, puisque l’extraction de la plus-value qui fait les profits, c’est cela même !) est au motif d’un nombre croissant de grèves, ici à Air France, dés juin chez Kronenbourg, ou encore chez les ambulanciers.

La grève à Air France, partiellement victorieuse sur ses revendications immédiates, victorieuse sur le plan moral et politique, a pris appui sur la puissance du salariat exprimée le 18 octobre, et explique pourquoi Sarkozy peut, en effet, s’inquiéter.

Vincent Presumey

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